« Il est délicat et difficile pour la philosophie d'entreprendre de soigner le bavardage. Car son remède, la parole, est fait pour ceux qui écoutent, et les bavards n'écoutent personne, comme ils sont toujours en train de parler. Voilà le premier mal contenu dans l'incapacité à se taire: l'incapacité à écouter. C'est une surdité volontaire, d'hommes qui, je suppose, blâment la nature de ce qu'ils n'ont seule langue alors qu'ils ont deux oreilles. Si vraiment Europide a bien fait de dire à un auditeur imbécile: Je ne saurai remplir ce qui
ne retient rien, en versant des paroles sages sur un homme sans sagesse. Il serait encore plus juste de dire : Je ne saurai remplir ce qui ne reçoit rien, en versant drs paroles sages ... Ou plutôt en inondant de paroles un homme qui parle à ceux qui ne l'écoutent pas, et qui n'écoute pas ceux qui lui parlent. Car s'il en vient à écouter brièvement, comme dans le reflux de son bavardage, il le rendra au centuple aussitôt. Le portique d'Olympe, qui à partir d'un seul son en répercute plusieurs, est appelé l'Heptaphone; mais si le moindre propos atteint le bavardage, celui ci le fait derechef retentir tour autour, faisant vibrer les cordes de l'esprit qui ne devraient pas être touchées. Il semblerait que, pour ces gens là, l'ouïe ne soit pas canalisé vers l'âme mais vers la langue; c'est pourquoi les paroles qui, chez les autres, se conservent, s'échappent des bavards qui les déversent comme des vases vides d'esprit et pleins de bruit. »
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